Voici quelques nouvelles jetées en peu en vrac, j’espère que vous m’en excuserez.

Pour les curieux qui ne sauraient pas utiliser Google Earth, nous habitons à La Jolla Shores dans un petit bungalow sur un étage, à 3mn à pied de la plage. Comme dit l’agence immobilière, « location, location, location ». C’est qu’en dehors de la « location », cette location n’a aucun charme. La vaisselle est dépareillée (moitié IKEA, moitié récup), la déco est presque inexistante (nous en étions ravi d’avance, nous savions que nous allions au moins échapper au kitsch américain) et les équipements électroménagers paraissent avoir été inventés par les Shadocks.

Mon favori est la hotte de la cuisine. Lorsqu’elle démarre, elle fait le bruit d’un vieux tacot poussif, donnant l’impression qu’il va se passer quelque chose de pas catholique (éjection d’une pièce ? explosion ?). En deuxième position, sans hésitation, je place la machine à laver la vaisselle. Pour sa conception, les Shadocks ont demandé un petit coup de main à Kafka. En fonctionnement, la bougresse dégage 90db et lave avec paresse – la cuisine étant « à l’américaine », elle nous berce si nous nous couchons trop tôt. Son panier à couverts est une merveille de sadisme : trop petit pour bien laver, assez profond pour y perdre les petites cuillères qui se coincent dans sa partie inférieure qui est quasiment inaccessible pour mes doigts pourtant habiles d’ex-pianiste. Il faut enlever le panier du monstre et le secouer au dessus de l’évier, en prenant bien soin que la cuillère taquine ne tombe pas pile poil dans le broyeur – car , bien sûr, l’évier est équipé d’un broyeur électrique, fonctionnalité indispensable de tout foyer américain. J’imagine que le fonctionnement de la chose déclenche chez les américains restés au stade anal une sorte de petit orgasme. Enfin, en troisième position, vient le réfrigérateur/congélateur, presque aussi bruyant que la hotte. En dernière position, la machine à laver le linge et le séchoir, tellement énormes que Thomas pourrait s’y cacher. La petite maison possède évidemment trois télévisions. Le garage a été transformé en bureau/chambre d’appoint d’une manière qui ferait honte à n’importe quel bricoleur. L’isolation phonique avec le voisin (notre maison est jumelée avec une autre qui est identique) est presque nulle. Le moindre soupir traverse les panneaux de simili-Placoplatre qui font office de cloison donc lorsque j’y donne mes cours online, les voisins en profitent gratuitement.

Le tableau ne serait pas complet sans parler des voisins de l’autre côté. Ils ont une grande maison sur deux étages et un panneau de basket-ball qu’ils ont stratégiquement placé le long de la clôture mitoyenne avec « notre » maison, devant l’entrée de leur garage. Déjà, en soi, c’est une décision plutôt étrange, puisque la plupart des américains positionnent leur panier au-dessus de la porte de leur garage. Mais surtout, ils sont plutôt mauvais joueurs et le filet qu’ils ont placé entre le panier et notre jardin ne suffit pas toujours pour arrêter leurs tirs, la balle passe donc souvent la clôture. Et que font-ils, dans ce cas ? Et bien, ils ouvrent la porte de notre jardin sans nous demander l’autorisation, viennent chercher leur ballon et ne referment presque jamais la porte. Lorsque nous avons demandé à un des ados ce qu’il faisait dans notre jardin, c’est son gros bourrin de père qui a répondu : « Oh, no problem, we’ve been doing it for years ». Voilà qui est non seulement d’une logique implacable, mais une manière élégante de nous rappeler que nous ne sommes que de passage. D’ailleurs, je n’ai aucune clé pour fermer la serrure de la porte du jardin en question, preuve qu’il s’agit d’une conspiration à l’égard des pieds-tendres que nous sommes. Allons-nous être reconduits à la frontière (du Mexique) après avoir été couverts de goudron et de plumes si jamais nous ouvrons un conflit ? Devons-nous auto-médier et réduire notre différence culturelle qui est au moins aussi large que le Rio Grande ? Je me tâte. En attendant, nous devons subir les cris et ahanements de ces médiocres basketteurs, ce qui rend leurs visites fugaces potentiellement énervantes, mais je suis très mindful, donc je m’en tape.

Soyons honnête : si je m’en fous, de tout ça, c’est parce qu’il y a la plage. Avant d’y arriver, il faut franchir deux parcs minuscules mais bien entretenus où Thomas et son papa peuvent aller taper dans une baballe ronde. Le week-end venu, c’est l’invasion : des familles entières arrivent avec leurs tentes carrées (je veux parler de tentes de réception avec 4 pieds métalliques, pas de ridicules canadiennes), de leur BBQ à roulettes, de leur ballon de football (américain, en règle générale), de leur marmaille et de leur nourriture. Même sur la plage, il y a des espaces BBQ en béton. La plage est plutôt large, même à marée haute, et elle s’étend assez pour laisser plein d’espace au sud, pour les nageurs, et au nord, pour les surfeurs – et gare à ceux qui franchissent la frontière virtuelle, ils en prennent aussitôt pour leur grade de la part des maîtres-nageurs – et pour la partie au sec pour les promeneurs, les familles, leurs chaises pliantes et leurs BBQ. NB : les rares maisons qui donnent directement sur la partie nord se négocient actuellement à $19 millions (prix de départ, sans aucun doute) – une nouvelle preuve que la crise économique ne touche jamais les produits de luxe.

L’eau est évidemment congelée – combinaison conseillée, même si on voit des fous qui y vont en short de bain. Pas étonnant qu’en dehors des nageurs, des plongeurs, des surfeurs et des kayaks, il y ait des phoques. Il y a des oiseaux, aussi, notamment de superbes cormorans (ou des pélicans, je ne suis pas très sûr), qui vont et viennent en formation en « V » et des petits échassiers qui picorent dans les vagues. Et puis il y a des algues, de ces énormes plantes aquatiques avec des tiges grosses comme des troncs d’arbre qui s’échouent par paquets sur la plage. Cela me donne envie d’aller plonger pour voir comment c’est en dessous – l’une des choses que nous n’avons pas encore eu le temps de faire et pourtant il y a un parc aquatique réputé au sud de la plage. Samedi dernier, il y avait d’ailleurs une réunion du « La Jolla Dive Club » sur la pelouse. Ils étaient bien une cinquantaine, tous avec leur équipement et, bien évidemment, leur buffet!

Quant aux surfeurs, on en trouve de tout âge, de toute race, de tout sexe et de tout niveau. Demain, Thomas prend sa première leçon de surf en anglais, après avoir fait du boogie- board. C’est qu’il ne chôme pas, le petit : rugby le lundi, surf le mercredi et football le jeudi. En plus de ça, des devoirs plus volumineux qu’à Lisbonne et 40% des cours en anglais. Ce soir, il m’a annoncé qu’il avait enfin été enrôlé dans le cours de rattrapage d’anglais. Il faut dire qu’il ramait un peu en arrivant, le pauvre… On espère qu’il va faire des progrès pendant ces trois mois.

Notre vie sociale est pour le moment réduite, d’autant que ma chère et tendre Ana nous a abandonné pendant une semaine pour aller fêter la graduation de Marie. Et moi, tout seul, je fais l’ours, me concentrant sur mon cours online et sur le plan d’action que nous avons établi pour savoir si nous allons rester (et comment) et occupant mon temps libre avec Thomas pour…aller à la plage !