Nous sommes arrivés dans notre maison américaine temporaire dans la nuit de samedi à dimanche, vers 2h du matin. Je n’ai aucun rêve américain, mais si j’en avais un, j’aurais pu m’y croire : nous avons loué un 4×4 énorme à Los Angeles (pour réussir à emporter nos 6 bagages) et nous logeons dans un charmant petit bungalow à environ 5mn à pied d’une des plages de La Jolla. Vous dites « La Jolla » à un Américain et ses yeux pétillent – j’ai encore fait le test ce soir.

La Jolla, c’est au nord de San Diego et c’est un peu…comment dire…l’équivalent de Saint-Trop en Californie : quelques belles maisons, beaucoup de clinquant, beaucoup d’argent, beaucoup de Porsche Cayenne (on a du mal à les compter) et très peu de goût. L’école de Thomas nous semble être un petit paradis. Sa maîtresse, Sylvie, nous rappelle sa maîtresse de Lisbonne, Dominique : même mélange de chaleur humaine et de rigueur. Ils sont 16 dans sa classe de CE1 – oui, vous avez bien lu. L’enseignement est 60% en français et 40% en anglais, ça va lui faire du bien, au pitchoun. L’école est perchée en haut de la montagne qui surplombe La Jolla, à 5mn en voiture du chez nous. Thomas est déjà inscrit au rugby, au foot et au surf, histoire de l’occuper sainement et de ne pas avoir à la récupérer tous les jours à 14h45 à la fin des cours. Hier matin, balade sur la plage pour bien démarrer la journée, avec d’un côté les surfeurs et les mouettes et de l’autre la ville endormie. Je commence à donner mon cours online mercredi prochain et je suis à Denver jusqu’à samedi pour une conférence de la section de Dispute Resolution de l’American Bar Association. A peine deux heures d’avion de San Diego et on atterrit au milieu des champs après avoir survolé les montagnes enneigées. Denver,
the mile-high city. Aéroport immense, ciel bas et gris, air froid, 45mn de taxi pour rejoindre quelques gratte-ciels qu’on aperçoit plantés pas loin des montagnes comme quelques verrues. On traverse des banlieues faites de centres commerciaux et de baraques en bois. En arrivant dans la « ville », on a l’impression qu’il y a plus de sans-abris dans les rues que d’habitants possédant un toit. C’est moche, c’est une parodie de ville américaine, avec un capitole ridicule, une bibliothèque, un McDo, quelques œuvres d’art modernes incongrues. A 19h, plus personne dans les rues – à part les suscités qui n’ont que ça, la rue. Totally gloomy. Mais je compatis : ce n’est pas simple, de remplir ces immensités. Ceux qui sont arrivés les premiers ici n’ont pas pu/pas voulu emporter avec eux leur culture, à supposer d’ailleurs qu’ils en aient eu une. Ils n’avaient que leurs souvenirs, leurs mains, la nature rude (20°C le jour, -3°C la nuit, en ce moment). En attendant le petit métro qui m’a amené du terminal au bâtiment principal de l’aéroport, j’ai pu voir sur les dizaines d’écran plasma alignés le long des portes un petit film où les images de la fonte d’un glacier défilaient en accéléré. Je crois que c’était produit par un institut de surveillance des glaciers – ça ne s’invente pas. On se donne bonne conscience en observant le réchauffement climatique avant de s’engouffrer dans son 4×4 pour aller faire du shopping. Certes, mon taxi était une Prius, mais tout de même, comment arrêter cette machine folle, cette frénésie de consommation de 250 millions de personnes qui, une fois rentrés du centre commercial, regardent Fox News ou MTV (ou ce soir, un benêt blondinet tâtait les seins d’une star de porno) ? Si vous avez un truc à me suggérer, écrivez-moi. Pour ma part, je plonge dans le cerveau et en découvrant sa beauté et sa complexité, mon respect pour ce qui m’entoure (après avoir retiré le surplus de béton) en est décuplé.