Je viens de finir « Capitalism as if the world matters », le pavé de 360 pages pondu par Jonathan Porritt, fondateur du Forum for the Future . Voilà une lecture que je ne vous recommande guère, sauf si vous avez vraiment besoin d’approfondir votre culture sur le « développement durable ». Lors de mon acte d’achat, je me suis un peu trop laissé impressionner par l’avant-propos à cet ouvrage d’Amory B. Lovins, président du Rocky Mountain Institute et co-auteur d’un des mes ouvrages cultes, « Natural Capitalism ». Remarquez bien que j’aurais du me méfier en lisant la quatrième de couverture, bien trop dithyrambique… Le livre de Porritt n’est qu’une longue compilation des ouvrages des autres et le message « avec lequel les entreprises seront surprises d’être en accord », selon le Financial Times, c’est que tout va (très) mal sur le plan environnemental et social – jusque là, je ne vois pas où est la surprise – et qu’il faut agir, mais que ce n’est pas facile, mais que si on s’y met vraiment, etc. Merci Jonathan, merci le FT.
Le premier constat, décrit dans les 200 premières pages (c’est long), c’est que notre modèle de société capitaliste (économique, politique et social) n’est pas durable. Ah bon ? Porritt débouche sur un constat de deuxième niveau, qui est que nous ne valorisons pas au mieux nos cinq capitaux (à ne pas confondre avec les sept péchés du même nom), à savoir naturel, humain, social, produit, financier. On opine du chef, on apprécie les citations percutantes, mais on attend les recommandations – que diable, le Porritt a tout de même été conseiller de Blair et co-président du parti des Verts en Grande-Bretagne et il fricote même avec le Prince Charles, cet acteur incontournable de la scène politique internationale – mais non, hélas, les 160 dernières pages sont du même acabit : de beaux principes, mais pas de plan d’action. Le capitalisme n’a rien à craindre de Mr Porritt, qui reste dans la déclaration d’intentions. En refermant le livre, on mesure à sa juste valeur le commentaire du FT, cet organe de presse hautement subversif : circulez, il n’y a rien à voir.
Si je ne retiens qu’une citation de ce livre, c’en sera une que Porritt emprunte à un autre (bien fait pour lui) :
“To speak of “limits to growth” under a capitalistic market economy is as meaningless as to speak of limits of warfare under a warrior society. Capitalism can be no more “persuaded” to limit growth than a human being can be “persuaded” to stop breathing. Attempts to “green” capitalism, to make it ecological, are doomed by the very nature of the system as a system of endless growth.” (Bookchin, 1980)