Son auteur l’a simplement délaissé un peu trop, pendant plus  d’un mois, ce qui ne veut pas dire que j’ai délaissé totalement l’écriture, mais que j’ai été occupé à écrire ailleurs. Je suis dans un salon de l’aéroport d’Atlanta, à attendre un vol vers New York, après avoir assisté à la conférence annuelle de l’Association for Conflict Resolution. Plein de rencontres intéressantes, hôtel-bunker, pas eu le temps ni l’envie de voir la ville, soirées passées à suivre mon cours de Positive psychology et celui de Neuroscience of Leadership. Oui, ça ne rigole pas. Ma plongée dans le fonctionnement du cerveau est fascinante. C’est beau, toutes ces substances chimiques qui sont relâchées ou pas, en quantité trop faible, juste ou importante, ces neurones, ces axones, j’en passe et des meilleures.Je vous raconterai ça plus en détail une prochaine fois, mais là, il faut que j’aille manger un morceau. Je sais, j’utilise mon blog comme une sorte de sous-Twitter, mais il va falloir vous y faire. Je vous salue.

Je ne crois pas trop exagérer en disant que, alors que le Boeing 777 de la British Airways partait poursuivre le soleil couchant, j’ai eu le sentiment de quitter « chez moi » pour aller « ailleurs ». De nombreuses fois, alors que nous étions à Sydney, nous nous sommes dits avec Ana que nous pourrions faire de cet endroit notre résidence principale – les « si » qui nous séparent d’une telle hypothèse sont nombreux, mais pas infranchissables. Sydney est une grande ville décontractée – si tant est qu’une telle chose puisse exister – mais sa force de séduction ne réside pas pour moi uniquement dans l’hédonisme ambiant (plages, parcs, barbecue, bière). Je lisais récemment un livre de Gary Hamel (que je recommande chaudement à qui veut bien l’entendre, donc à toi qui me lit) qui citait une étude empirique d’un architecte sur les grandes villes les plus dynamiques/attractives où il était dit que la recette gagnante tient en un mot : « serendipity ». Ce mot dont la sonorité est en elle-même charmante, a été créé récemment (1754) et il signifie en gros « heureuse découverte, par hasard ». Les villes les plus attirantes seraient celles où la diversité, la juxtaposition, engendre la créativité, où le choc des cultures est systématiquement (et intelligemment) organisé, où les couches sociales, les corps de métier, les origines géographiques, s’y mélangent sans préconçus mais aussi et surtout que l’architecture favorise et entretient cette mixité. Je ne prétendrais pas que Sydney est l’exemple parfait d’un tel système, loin de là – il y notamment des beaux quartiers et des moches – mais en tant que lieu d’une immigration (désormais) de plus en plus diversifiée, on peut y faire d’heureuses découvertes, même en gardant le nez dans son assiette : les meilleurs restaurants mélangent allègrement les influences asiatiques et européennes (française, en particulier). Il se peut que j’idéalise, mais même si l’Australie ne voulait être qu’un pays de « rednecks » coincés, elle ne le pourrait plus : il y a trop d’Asie à l’intérieur de ses frontières, trop d’Inde, trop de piment. L’Indonésie est à six heures d’avion de Sydney, Singapour à huit. Les Australiens « de souche » (je parle des descendants des Européens) peuvent continuer à se voir comme les conquistadors d’une nature ingrate, hormis le fait qu’ils n’ont rien conquis d’autre que la terre des Aborigènes, le futur du pays est bel et bien au nord de l’Equateur. Il serait plutôt amusant que, dans quelques dizaines d’années, les quelques rares habitants encore « totalement » Blancs s’aperçoivent trop tard qu’ils sont devenus une minorité. C’est peu probable, mais ce ne serait qu’un juste retour des choses. D’ici là, il se peut également que nous ayons quitté le vase clos de Lisbonne pour apporter notre modeste petite pierre à la diversité de l’endroit. Nobody knows. Une chose est acquise : nous y retournons à Noël !

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